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"Ce Limousin où les oiseaux chantent plus tôt plus haut et plus fort..."  J.G.

Journées des 6 et 7 août 1944

Alors que les Allemands lancent une nouvelle grande offensive en Normandie pour contrer l'avancée des alliés débarqués en juin, les troupes concentrées dans le centre de la France tentent d'exterminer les maquis et notamment ceux cantonnés en Haute Vienne.
Sur le territoire de la commune de Cieux, c'est le maquis des Monts de blond, qui va subir les assauts des unités allemandes, renforcées par des éléments de la SS et des miliciens venus du midi de la France. Ce maquis, composé de six compagnies FTP (Franc-Tireur Partisan), est la plus importante formation de résistants du département, après celui de Georges Guingouin.
La compagnie 2407 est basée au camp du Savary près de Blond. La compagnie 2437 est installée sur le territoire de la commune de Cieux au moulin du Brudoux, avec une section à la Basse Forêt, une autre au hameau du Four (Villeforceix) et un troisième groupe au moulin de Fromental.

6 août 1994 : les troupes d'occupation convergent vers les Monts de Blond afin de tenter un encerclement des maquisards de Blond, de Cieux et de Vaulry avec l'intention de les anéantir. La compagnie 2407 se déplace à Bellac où des unités allemandes sont signalées ; s'ensuit un violent échange de coups de feu. Gaby Vignaud, commandant du 1er bataillon FTPF, sous-secteur D, donne l'ordre à la compagnie 2437 de prendre la direction de Nantiat ou une liaison doit avoir lieu avec d'autres unités, à proximité de l'actuelle nationale 147 ; ces unités ne se présentant pas, une patrouille est envoyée en reconnaissance afin d'estimer l'importance des forces allemandes présentes. Devant la supériorité en nombre des troupes ennemies, la liaison ne pouvait avoir lieu sans des conséquences très lourdes pour la compagnie ; elle se replie donc sur Cieux et alentours après avoir abattu plusieurs arbres derrière elle, sur l'itinéraire du retour.

7 août 1944 : Vers 5 h 30, 3 hommes de la 2437, le lieutenant Madigou, l'adjudant Boutaud, le chauffeur Duverneuil, partent en repérage afin de localiser la position et d'évaluer les effectifs des troupes allemandes dans le secteur de Nantiat. A l'entrée du bourg de Vaulry, ils tombent dans une embuscade ; une fusillade éclate et le lieutenant Madigou est tué tandis que l'adjudant Boutaud et le chauffeur Duverneuil sont blessés.
Vers 7 h 00, le jardinier de l'école Sainte Marguerite de Cieux se rend au PC de la compagnie et l'informe de la présence d'allemands dans le bourg. Les unités de la 2437 sont avisées du danger et se préparent à un éventuel affrontement. Jean Boissou, membre de la section stationnée au Four, se rase en extérieur devant une glace posée sur un puits. Il entend soudain un vrombissement qui se rapproche ; quelques secondes plus tard, un avion biplan allemand passe à plusieurs reprises au-dessus de Cieux et des Monts de Blond. Est-ce une dénonciation se demande -t- il ? Ou bien les services de renseignements allemands qui ont collectés des informations capitales sur les positions des maquisards ?
Vers 8 h 00, Mademoiselle Jammet de Boscartus confirme les renseignements donnés par le jardinier ; la compagnie se déplace alors vers le bourg de Cieux.
Pendant ce temps, la 2407 approche de Bellac. A Thoveyrat, elle tombe sur un groupe de soldats allemands et une violente fusillade se déclenche. Les civils sur place payent un prix très lourd : M. Principaux et sa fille de 9 ans sont tués ; Madame Principaux est gravement blessée en voulant protéger sa fille. En tout, quatre tués.
Les maquisards se replient vers les Monts de Blond ; les allemands barrent les routes et se dirigent vers le camp du Savary. Les forces allemandes, nettement plus nombreuses avancent encore et réussissent à pénétrer le camp pour le détruire et l'incendier ainsi qu'une ferme proche. Bilan de l'opération : 23 morts parmi les résistants et les civils.

A Cieux, 2 sections ont pris position au lieudit "Les Rivauds", non loin du bourg, une troisième à Puymeunier afin d'assurer un renfort en cas de repli des 2 autres. Un autre groupe de maquisards est isolé par les allemands qui faisaient mouvement vers Les Rivauds.
Des automitrailleuses, venant du bourg, se dirigent vers Puymeunier ; des camions, ouverts sur les 2 côtés et pleins de soldats, les suivent. Le convoi avance puis s'arrête : les soldats descendent de chaque côté des camions, inspectent rapidement les fourrés et les haies, regagnent les camions qui repartent puis recommencent plus loin.
Etonnement et hésitation des maquisards : ces soldats étaient en uniformes kaki alors que l'uniforme allemand est habituellement vert-de-gris. Un maquisard, ancien militaire, Aimé Gougeaud ne s'y laisse pas prendre et prévient ses compagnons d'arme : "attention, c'est les boches !".
La bataille s'engage immédiatement et les échanges sont très violents. Mais là encore, les forces en présence sont disproportionnées. Les maquisards sont obligés de se disperser au hasard. Jean-Marie Villeléger, l'un des plus jeunes, réussit à se cacher mais son camarade, qui le suivait pourtant de près, n'en eut pas le temps et fut stoppé par une balle qui, cependant, ne fit que le blesser. Les allemands s'approchèrent alors de lui et l'achevèrent en le criblant de balles.
Les 2 sections des Rivauds arrivent tout de même à se dégager mais laissent sur place plusieurs blessés ; ceux-ci subirent le même sort et furent sauvagement achevés. Les survivants se dissimulèrent dans tous les lieux possible, jusqu'au cimetière de la commune.
Les allemands se rendirent ensuite jusqu'aux moulins du Brudoux et de Fromental qu'ils détruisirent en les incendiant ; après avoir tenté de la brûler, ils jetèrent une camionnette "Chenard et Walcker" dans l'étang du Brudoux. Elle fut, plus tard, ressortie de l'eau et remise en état.

10 jeunes gens ont laissé leur vie, en ce funeste jour du 7 août 1944 à Cieux et Vaulry. Quels que soient leurs comportements, ils ont fait don de leurs vies pour notre liberté et méritent ainsi notre infini respect.

Sur la stèle, on peut lire les noms de : Moïse Compain 27ans, Jean Lacroix 54 ans, Jean Lanarde 23 ans, Roland Madigou 24 ans, Louis Normand 20 ans, Henri Pescher 20 ans, François Pioffret 20 ans, Léon Provedi 22 ans, Victor Prunelli 20ans et Jean Riffaud 37 ans.
Ils étaient tous de Cieux.
Aimé Gougeaud vit aujourd'hui à Cieux, Jean Boissou à Vaulry et Jean-Marie Villeléger à Limoges.

Sources : «Nous avons combattu pour vos libertés» (ANACR) et interview directes.